La vie parisienne

« You live in Paris ? » « Euh yes » (avec l’accent français) »Oh my god it’s amazing this is sooooo romantic » Non pas vraiment jeune gourdasse anglo-quelque chose -(Point de sexisme ici, les hommes ne sont pas exclus du monde magique de la gourdasserie. Par contre ils n’utilisent que peu le qualificatif « romantique ». Et c’est tout à leur honneur)-  et tu vas vite comprendre pourquoi.

 

Samedi matin j’ai des frissons je claque des dents et  je monte le son.

Les chansons des années 80’ sont une bénédiction en même temps qu’une malédiction : elles s‘incrustent dans le cerveau à l’enfance et s’enclenchent à chaque mot clef, c’est-à-dire n’importe quel vocable de la conversation courante. Un « On connait la chanson » permanent et privé.

De retour d’une séance de sport (de la gym suédoise, un vrai truc de parisienne. A l’occasion je vous en parlerai), je m’en vais prendre le métro pour rentrer chez moi. Je pourrais faire ma sportive jusqu’au bout et faire le chemin du retour à pied mais je suis un gros tas de transpiration qui refroidit très vite sur mon corps,  ce qui laisse sur la peau une enveloppe humide glacée pleine de promesse de tuberculose et autre coqueluche.

Ou envisager un retour en vélib, mais n’ayant pas envie de mourir tout de suite cette solution est écartée. Le vélib’ : un moyen très efficace de réguler la surpopulation urbaine en région Ile-de-France.  A l’occasion je vous en reparlerai.

J’arrive sur le quai avec une pointe de culpabilité : la gym suédoise n’a rien de très suédois : lenteur bergmanienne, blondeur, douceur des flocons qui volètent sur la place de Mariatorget etc. Non on oublie. La gym suédoise fait transpirer. De partout.

J’avais une pensée pour mes contemporains et je me préparai déjà à éviter tout contact physique inapproprié. Mission relativement facile en ce samedi matin. A ne pas me tenir aux barres du métro, qui sont déjà recouvertes de tous les fluides humains et non-humains existant et non existant : pas la peine de rajouter ma touche personnelle. Et puis pas envie de récupérer les miasmes de mes congénères (toujours se méfier des cons qui génèrent).

Absorbée dans toutes ces pensées ô combien altruistes et pleines de considérations pour le genre humain je montai enfin dans une rame, au hasard. Mon voyage ne devait durer que 4 stations. Pourtant l’horreur était au bout du chemin …

Dans mon champ de vision se trouvait, notamment, une femme, d’une parfaite  banalité mais porteuse d’un rhume assez cataclysmique. Les évènements s’enchainèrent ainsi : mouvement de la tête vers l’arrière, plissage incontrôlable et irrépressible des deux yeux, mouvement de la tête vers l’avant, montée des mains vers le visage, plaquage du nez entre les mains et plash ! Eternuement. Le « plash » n’est pas exagéré. Il était le simple précurseur de la catastrophe, le messager, l’ange annonciateur.

Saisie par l’horreur, et déjà consciente de ce qui allait se jouer sous mes yeux révulsés, j’observai, impuissante, cette dame regarder le produit de son explosion nasale au creux de ses mains, en fait au creux d’une seule main, la gauche : une grande trainée blanche de morve (puisqu’il faut bien appeler les choses par leur nom). La morve était dans la main et regardait Cain. « Oh my god » m’interjectai-je à moi-même, que va-t-elle faire ? Le suspense était à son paroxysme ! Doctement la passagère, de sa main non souillée, commença à fouiller dans son sac à main : l’espoir renaissait !  Une femme, que diantre, cela a toujours un paquet de mouchoirs en papier dans son sac (les clichés sont un art de vivre, definitely). Les secondes s’égrainaient, la tension montait…

Par souci de rigoureuse honnêteté,  je dois vous avouer que j’avais des mouchoirs en papier. Et que l’idée de lui venir en secours m’a effleuré l’esprit. Mais une autre force était en lutte avec mon altruisme : la curiosité malsaine. L’issue semblait fatale et inévitable, l’absence de mouchoirs était criante, la tragédie était en route : la femme se résigna à essuyer sa main sur la doublure intérieure de son sac à main.

Cela aurait pu être pire (cela peut toujours être pire) : elle aurait pu s’essuyer sur le sac à main de quelqu’un d’autre voire sur quelqu’un d’autre.

La morale de cette histoire ? Le métro c’est dégueulasse. Alors fuyez pauvres fous !!

Anne de Beaumont

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Catégories :Chroniques

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