Killer Joe

Polar américain burné de William Friedkin, 2011, (1h45 min).

Bad Romance

Chris (Emile Hirsch), dealer à la petite semaine est un looser du plus beau calibre, sans cœur, sans valeurs mais pas sans reproches…. A sa décharge sa famille est le terreau idéal pour que pousse cette bien vilaine graine.

Chris n’a ni envergure ni destin, pourtant son insignifiante personne suffira à faire basculer toute sa famille dans une explosive tragédie grecque.

Car un jour, Chris a une idée. Son plan : faire assassiner sa mère (qui  ne correspond pas vraiment au portrait de la maman parfaite mais quand même) pour récupérer l’assurance vie dont est bénéficiaire sa sœur Dottie (Juno Temple) et ainsi rembourser ses très  pressants créanciers.

Pour ce faire, Chris engage Killer Joe (Joe Cooper pour l’état civil, interprété par Matthew Mc Conaughey), flic de son état, qui arrondit ses fins de mois comme tueur à gages et ce sans le moindre soupçon de mauvaise conscience ou de conscience tout court.

Une figure noire, froide, qui se meut lentement, de manière hypnotique, tel le serpent du Livre de la jungle. Si vous laissez entrer Joe dans votre existence, il risque de vous en déposséder.

Ne pouvant être payé à l’avance pour sa mission, Joe accepte le contrat contre une « caution » : l’innocente Dottie.

Dottie…un doux nuage rêveur et inoffensif. Et vierge bien sûr.  Dans ce climat cradingue de vieil état sudiste où les gens vivent les uns sur (dans ?) les autres, où règne une ambiance de sexualité frustrée limite incestueuse, Dottie apparait comme l‘agneau sacrificiel, la proie idéale de tous les tordus malsains qui l’entourent. Elle catalyse tous les désirs et envies déplacées de son entourage. Mais sous ses airs de ne pas y toucher (du moins consciemment), cette petite  joue quand même très bien sa participation.

Comme toujours le plan ne se déroulera pas du tout comme prévu, le bain de sang est inévitable et tout ceci est assez jouissif à regarder !

William Freidkin (L’exorciste, French connection) n’a pas son pareil pour tourner des films qui en ont. Attention aux âmes sensibles ! Les gros plans sur une main armée d’une boite de conserve qui s’abat sur une tronche sanguinolente peuvent donner une légère nausée. Là où Friedkin est un petit malin c’est que tout cela est teinté d’un humour à froid assez ravageur, qui renforce le malaise. Les situations sont tellement grotesques et trash qu’on aurait presque honte de rire. Et puis il y a  Matthew Mc Conaughey : cet homme vous fait peur rien qu’en marchant, en vous saluant, en respirant dans la même pièce que vous. L’équivalent du personnage de Javier Bardem dans No country for old men, le second degré en plus.

Ses scènes avec la jeune Juno Temple, qui interprète Dottie, sont particulièrement prenantes : tel un conte de fées moderne, cette revisitation  du  mythe du petit chaperon rouge et du grand méchant loup interpelle, dérange, fascine.

L’affrontement final de ce presque huis clos familial est aussi tendu que les cordes d’un violon et que vos nerfs. Friedkin, 70 ans et des poussières  est plus fringant qu’un gamin quand il s’agit de filmer la violence et trousse un film qu’il vous colle sur la tempe. Point de complaisance (ou alors une micro pointe), simplement un constat : le monde est violent et chacun fait ce qu’il peut pour s’en sortir. Ou pas. Car on échappe rarement à son destin quand il est en marche, surtout s’il s’incarne en Killer Joe.

Anne de Beaumont

Publicités


Catégories :Ciné

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :