« Shields » de Grizzly Bear : la consécration

C’est encore sous le coup de l’émotion du fabuleux concert de Grizzly Bear au Pitchfork Festival de Paris que j’écris ces lignes. Avec la conviction intime qu’il va falloir compter avec eux dans les prochaines années. Car si un seul groupe est capable de reprendre le trône de Radiohead, qui règne sans partage depuis la fin des années 90 sur la scène indie rock, c’est bien eux.  Même la presse française, unanimement liguée contre le festival initié par le webzine américain (où l’on se rend compte que la priorité d’une certaine presse dite « culturelle » n’est justement pas la diffusion de la culture), n’a pu faire autrement que de reconnaître leur triomphe, samedi soir, à la Grande Halle de la Villette.

Depuis leur véritable premier album en 2006, les New-Yorkais n’ont  en effet cessé de composer des chansons  sublimes, entre perles évidentes (« Two Weeks », « Knife ») et compositions plus exigeantes ( « Southern Point », « Central and Remote »).  Mieux,  au lieu de se contenter d’exploiter toujours le même filon,  leur musique évolue d’album en album.  Après les atmosphères hantées de Yellow House, la légèreté pop de Veckatimest, le groupe de Brooklyn s’ouvre aux grands espaces et livre avec  Shields  un album épique.

Dès l’ouverture, les cadres explosent. « Sleeping Ute » est une construction à la fois grandiose, inattendue, paradoxale :  une ligne rythmique complexe, puissante, déferle sur le chant de Daniel Rossen, teinté de douce neurasthénie. Une contradiction qui se résout dans une accalmie de cordes, final superbe. Un sommet.

Le reste de l’album sera à l’image de ce premier morceau, d’une ambition et d’une élégance rares. Il serait trop fastidieux de tenter d’en analyser chaque piste tant la richesse de leur musique semble échapper à toute tentative de description exhaustive. On se contentera de remarquer que Shields est au moins aussi homogène (tout y est excellent, excepté peut-être, assez ironiquement,  la chanson intitulée « What’s Wrong » ) que Yellow House pour ce qui est de la qualité et sans nul doute plus abouti que Veckatimest dont il conserve quelques accents pop.

Ecouter « Yet Again »

« Yet Again », sans conteste le morceau le plus lumineux et accessible, fait figure de « tube », peut-être promis au même destin que « Two Weeks ». « Gun-Shy » est une ballade déceptive d’une classe folle, portée par la voix céleste d’Ed Droste. Vient ensuite la pièce maîtresse de l’œuvre.  Avec sa rythmique qui piaffe, les élans impérieux de son refrain, « Half Gate » est une allégorie du mouvement. Un appel à l’inconnu, irrésistible et ravageur.  Enfin, la majestueuse « Sun In Your Eyes » clôt magistralement l’album.

Ecouter « Half Gate »

Grizzly Bear est un groupe exceptionnel. Pas parce qu’il a parfaitement digéré ses influences, des Beatles à Radiohead, en passant par les copains ou rivaux de la scène indépendante actuelle. Pas non plus parce que ses membres sont meilleurs musiciens que la majorité de leurs pairs, capables de jouer avec virtuosité sur des détails aussi subtils que les nuances ou les silences. Pas non plus parce qu’ils sont audacieux et qu’ils ont les moyens de leur ambition. Mais parce qu’ils possèdent ce petit quelque chose qui les distingue des autres : la grâce.

Ecouter « Two Weeks »

Gila F.

Publicités


Catégories :Disques

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :