La Villageoise, ce VDQN

Soulographie d’un breuvage bon marché.

Le Beaujolais Nouveau est arrivé ! Evénement qu’il faut bien évidemment arroser en organisant une soirée de dégustation au goulot. Ivresse garantie pour les petites bourses et l’occasion pour moi de rendre hommage à une piquette qui depuis des années suscite ma curiosité : La Villageoise.

A première vue

Supermarché, rayon vin : c’est en penchant la tête bien bas que vous apercevrez une rangée de bouteilles en plastique translucide, exhibant un liquide rouge, blanc ou rose et dont l’étiquette champêtre marquera à jamais votre esprit : une femme (cette villageoise) qui porte un panier de raisins, rentre cheveux au vent des champs de vignes, par une belle journée d’été.  L’esquisse a la poésie des vignobles du Languedoc, région dans laquelle ce délicieux suc est d’ailleurs mis en bouteille. Son estampille n’a pas d’égal : la pastille rouge autocollant sur la capsule vous assurera son appellation VDQN (Vin De Qualité Négligeable) de la même façon qu’une pastille verte atteste un AOC (Appellation d’Origine Contrôlée). En se penchant sur l’étiquette, on découvre qu’il s’agit non seulement d’un vin, mais en plus, qu’il vient de France. Quant  à la description on aura droit à : « La Villageoise, un vin léger, fruité et gouleyant, d’une robe rubis, franche et brillante ».

On se laisse tenter ? On a le choix entre deux formats : la bouteille d’1,5L ou le pack de six bouteilles de 25 cl à emporter partout avec soi.

Mise en bouche

A la première lampée, on retrouve effectivement une saveur de vin. Identifier les cépages serait mission impossible… On note en revanche une sorte d’aigreur au fond de la bouche et surtout, une rébellion certaine du système digestif… sauf que ce tord-boyau ne contient que 11% d’alcool.  On suppose  que sa fabrication est le résultat d’un mélange de divers vins français (comme l’indique la bouteille) mais les informations sur le procédé de vinification restent pour le moins mystérieuses. Le packaging plastique joue aussi en défaveur de ce breuvage, étant donné que la capsule n’est pas hermétique comme peut l’être le bouchon en liège. En outre, il a été prouvé que le plastique était ce qu’il y avait de plus mauvais pour la conservation d’un vin rouge. Il s’oxyderait plus vite.

A la source

Pour la petite histoire, le concept de la Villageoise remonterait à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le prix du vin étant en chute libre, on chercha à se débarrasser des stocks.  Un certain Girardon, neveu de Pompanon (célèbre négociant de vin) sauta sur l’occasion et acheta à moindre coût des bouteilles qu’il entreposa dans sa cave. La demande resurgit quelques années plus tard et M. Girardon fit de bonnes affaires. Il créa avec son oncle, le père Pompanon, la marque de vin Gévéor qui connut un grand succès dans les années 50.  Fort de sa notoriété,  il élargit sa cible et mis en vente un vin bon marché afin de séduire la classe populaire : la clientèle fut fidèle au rendez-vous. D’ailleurs, on associe aujourd’hui la marque Gévéor à de la piquette tandis qu’elle ne le fut pas toujours


« Gévéor, le vin que l’on aime » : tel était le slogan de la boisson produite pour des classes populaires, un vin fort avec taux d’alcool relativement élevé, et un goût rustre et dur. On parlait alors « d’haleine de Gévéor »).

 

Le fameux père Pompagnon, excellent négociant finira par être en tête de la SVF (Société des Vins Français), et rachètera Gévéor.

Chiffres et %

La Société des Vins de France deviendra en 1992 une filiale du groupe Castel,  groupe spécialisé dans la vente de boissons, alcoolisées ou non. Inspiré par le succès Gévéor, ce dernier misera sur la quantité et la variété pour vendre, touchant à toutes les couleurs, tous les cépages, toutes les régions, imposant des marques bien visibles et peu coûteuses dans les rayons de supermarché. On trouvera donc le trio : La Villageoise, les Vieux-Papes, et la Roche Mazet, un vin du Pays d’Oc, vendu sous différents cépages (ces trois marques comptabilisent 50 millions de bouteilles produites en 2009.) Mais aussi des vins tels que le Sidi Brahim, le Cabernet d’Anjou, le mousseux Kriter et le Pisse Dru, une marque du Beaujolais Nouveau.

Afin d’arrondir les fins de mois, le groupe Castel se concentrera également sur des marques beaucoup plus prestigieuses telles que le Baron de Lestac, le Château Beychevelle. Le chiffre d’affaire du groupe s’élève à 1,4 milliards d’euros en 2011 pour la vente de vin.

Mais l’apport majeur des bénéfices provient bien de ces vins de marques d’entrée de gamme qui ont su conquérir les bourses misérables grâce à leur prix uniquement. Il paraît que la détresse est lucrative ! Remercions donc tous les alcooliques sans le sous qui ont contribué à l’épanouissement de la famille Castel, aujourd’hui pudiquement dissimulée sous le nom juridique de « Fondation » qui a pour but de valoriser le patrimoine viticole français. Allez ! On trinque ?

BB

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Catégories :Chroniques

1 réponse

  1. Ouai pas super bon, j’ai prix une bouteille de vin rouge La Villageaoise à 3.22 € de 1.5 L, en fait plus chère quand je calcule que 2 bonnes bouteilles de 75 CL style du vin rouge de l’héraut (1.53 € la bouteille) et bien meilleur en goût. Au final pas super un goût juste de vin rouge banal, c’est bien bon pour boire un verre au repas pas plus. (les prix donnés sont pas indicatif seulement de mon magasin ou j’ai fait l »achat).

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