L’offensive T.

Ou comment passer un été inoubliable au bord de la Méditerranée? C’est ce que nous avons essayé de comprendre en mettant en scène une famille ordinaire, bien décidée à se rendre à Palavas-les-Flots. A Toi, le Touriste amoureux du béton, ce grand T. qui va en Tongs, je dédie ce Tas de lignes.

 

Une Porsche Cayenne achetée à crédit est derrière vous. Votre femme range les dernières valises dans le coffre. Le mercure annonce 27°C. Vos enfants sont harnachés à l’arrière et vous avez mis vos fausses Ray Ban.  Heure du départ à 8:32 AM.

Votre fille, en léger surpoids a fait une compilation des tubes de l’été afin de vous exaspérer davantage sur l’autoroute. L’indémodable Magic System y figure,  du David Guetta ainsi que de l’electro minimaliste. Elle a voulu acheter des hebdomadaires pour lire sur la plage et vous ne lui avez rien refusé car vous comprenez qu’à 15 ans avec un visible disgracieux et n’ayant en toute probabilité aucun rapport sexuel cet été, on se recueille dans le feuilletage de magazines dans lesquels cinq mannequins slovaques anorexiques prennent des poses lascives. Vous êtes un père compréhensif et après tout, c’est les vacances.

Votre fils, quant à lui, a huit ans et il n’a pas oublié sa Nintendo DS que vous lui avez acheté (toujours à crédit) pour le féliciter de son passage au CE2 (et surtout pour avoir la paix les WE). Vous avez remarqué que depuis qu’il joue avec, il est moins turbulent. Vous avez remarqué aussi que cette année, il ne vous a pas fait de caprices pour que vous jouiez au foot avec lui dans le jardin. Il est resté dans sa chambre, bien tranquillement, concentré sur son jeu électronique. Vous vous êtes dit qu’à son âge vous n’auriez jamais su comment vous servir de cet engin et de fait, vous l’admirez.

Quant à votre femme, elle s’est habillée confortable et léger. Elle a mis la robe d’été que vous avez acheté l’an dernier sur la plage de St Kevin-Sur-Mer. Comme vous vous y étiez amusé ! C’est pourquoi cette année, vous avez décidé d’y retourner. Même si cela fait cinq ans que vous vous y rendez, vous ne vous y ennuyez JAMAIS. Vous avez vos habitudes là bas, VOS restaurants, VOS adresses, VOS congénères de vacances.

Vous logerez donc dans le même bungalow, irez dans le même centre de vacances. Vous savez que vous y êtes attendus tel le messie avec une carte Gold. On vous a fait une remise exceptionnelle de 3% pour vous remercier de votre fidélité – un sou est un sou. Ainsi vous avez sauté sur l’occasion, vous avez fait l’effort de décaler les dates de vacances en dépit de la carte scolaire pour profiter de cette offre unique.

Le club où vous vous rendez est à dix minutes de la plage à pieds. A l’intérieur se trouve une piscine, une superette , un bar, un restaurant, une prison (?!) dans lequel vous vous êtes inscrit en demi-pension (le meilleur surgelé du monde), des tables de ping-pong (pensées tendres à votre voyage d’affaires aux « philippines »)  et surtout des animations tous les jours ce qui évitera d’avoir les ingrats  – qui vous sert de progéniture adorée et vénérée –  dans les pattes.

L’heure est à la détente. Vous vous gourmandez déjà des moules/frites, des grillades, des glaces que vous allez faire rentrer dans votre gosier en sachant pertinemment que votre taux de cholestérol est au maximum. Votre  délicieuse marmaille sera entre les mains d’animateurs – qui ne sont pas actuellement sous une interdiction judiciaire d’approcher des mineurs de moins de quinze ans – qui leur proposera des activités de leur « âge ». Alors vous vous ne vous en faites pas.

La A75 est déjà saturée de voitures à remorques, de camping-cars et de bicyclettes sur le capo. Le bouchon se forme. Vous en profitez pour observer les autres automobilistes, ce putain de camion, ce con avec sa caravane, l’autre taré en moto, le vieux riche avec son coupé sport.

Vous êtes arrivé à bon port. La route a été longue. Une petite pause café sur l’aire d’autoroute a été nécessaire pour que tout le monde aille se soulager aux toilettes. Vous en avez profité pour faire un détour par la cafétéria et vous avez pensé combien le personnel semblait déprimé lorsqu’il vous servait. Vous n’avez pas tellement compris leur sourire proportionnel à leur salaire. Misérable.

Vous vous êtes garés à la même place que l’an dernier,  un petit coin sous les pins qui préserve votre Porsche Cayenne (remboursée dans sept ans) des rayons néfastes du soleil sur cette carrosserie d’exception.  On vous a remis les clés et votre première déception est arrivée :

VOUS N’ETES PLUS AU BUNGALOW 135 ! SCANDALE !!! Alors, vous perdez patience après vos huit heures pénibles sur l’autoroute.  La moindre des choses aurait été de vous prévenir de ce changement. La réceptionniste à la voix de harpie  essaie  de vous calmer en expliquant  un problème technique dans le bungalow habituel, mais que le bungalow voisin  est strictement identique. Vous rétorquez :

« Depuis le temps qu’on réserve chez vous, le personnel de maintenance aurait du faire son travail. Après tout , on vient ici depuis cinq ans »

Vous êtes donc logé au bungalow 142. Vous êtes déçu car la fenêtre de la chambre est en plein soleil l’après-midi et que le soir, il y fait trop chaud pour dormir.  Vos voisins vous paraissent moins sympathiques. Encore ces cinq branleurs défoncés à la Despé qui empiètent en plus sur le terrain de pétanque.

Vous avez fait un tour dans le village, et tout vous semble morne. Demain ils ont annoncé de la pluie et le ciel ce soir s’est habillé de gris. Demi-pension oblige vous irez, comme prévu au restaurant pour gouter « à l’excellente cuisine du chef, un savoir-faire digne de Bocuse, des produits frais, une équipe volontaire et disponible dans un cadre bucolique, vers une liberté de pensées cosmiques, vers un nouvel âge réminiscent. »

Vous avez besoin d’un bon verre de vin, cuvée du village, (ou Villageoise) pour vous remettre de vos émotions. Au restaurant du club, la nourriture, le vin, les glaces sont à volonté. Cette idée vous satisfait. Vous êtes devant la fontaine à vin, et vous avez rempli votre pichet généreusement de rosé.

Vous vous êtes mis en colère en voyant que votre fils ne s’arrêtait pas de brailler.  Merde! Vous avez oublié de racheter des piles pour sa  DS. Une gifle énergique est partie sur sa figure sous le regard médusé des autres clients. Il a chouiné et votre femme vous a fait ses grands yeux globuleux annonçant une soirée des plus monastiques. Votre fille est égale à elle même, blasée, l’incarnation même de l’ennui.  Vous trouvez votre femme de plus en plus grosse. Ménopause ? L’aquagym lui fera le plus grand bien. La robe de l’été dernier ne lui va décidément plus du tout.

La nourriture est abondante ; hélas, il n’y a plus de frites ! Une cuisinière en nage, coiffée d’une charlotte passe devant vous. Vous l’interpellez pour réclamer votre dû, VOTRE friture. Elle vous lance un regard méprisant.

La cuisinière en nage vous explique qu’il n’y a plus de surgelé disponible. Et de retourner à ses fourneaux, fulminant que le seul repas réellement préparé, n’ait même pas été touché, Reste les frittes,

Heureusement pour les saisonniers en chichis, chouchous ou beignets, le touriste rougeoyant trouvera sa portion de frite.

Voici que tracteurs, béton, sables artificiels, restaurants, businessmen ont conspiré pour leur plus grand profit, afin de vous offrir cette aire de repos dans laquelle vous foncez chaque année. Les agences de voyages cheap vous ont vendus un paradis artificiel où vous vous délectez à crédit. « Ah! Les joies du mois d’août. »

Les plages sont surchargées de parasols, puent la sueur et la crème solaire. La mer accueille toutes les générations de toutes espèces, des hurlements d’enfants en passant par les déjections des mouettes ou du troisième âge. Pour voir le ciel bleu, votre regard doit obligatoirement rencontrer un avion auquel est accrochée une banderole publicitaire vous intimant à la consommation.

Dans votre coffre, au sortir du Liddl, des cubis de Bordeaux rosé, de la bière, du vin, des chips, et d’autres produits cheap faits de charcuterie, de pain, de merguez.

Et ce soir, c’est en discothèque et vous vous déhancherez avec autant de grâce qu’un marsouin dans une marre d’huile d’olive. La Méditerranée ne serait rien sans ses concours de Miss camping.

Il est 17h30 et il fait si chaud ; cela fait une heure que vous êtes coincé dans les embouteillages. L’heure de pointe est aussi vraie à Paris qu’ici.  Heureusement l’effet sauna de la voiture fait perdre 3 g à votre fille largement en surpoids. Vous rentrez de la plage. Quelques insultes vous échappent lorsque vous croisez des automobilistes aussi cons que vous qui bravent les interdits  et le bon sens de la conduite.

Et comme chaque année, les touristes meurent par centaine sur cette route encombrée de véhicules à l’intérieur desquels un conducteur sur deux est ivre mort – corrélation avec la fontaine de rosé.

Quelle sera l’incident de l’été : herpès, chlamydia, insolation, intoxication alimentaire, accident à la fête foraine ou coup de bouteille dans la figure lors de la féria ?

Finalement, votre fils est resté enfermé dans le bungalow pendant les deux semaines et il a joué à la Nintendo DS. Vous lui avez proposé une partie de tennis, un tour sur la plage, un spectacle de tauromachie, une visite en bateau sur le canal du Midi. Négatif. Rien ne l’intéressait plus que cet objet plein de virtuel.  Il n’a pas souffert de coups de soleil, lui au moins.

Une animatrice vous fait jubiler. Elle décline blagues sur blagues auxquelles il faut bien rire. Elle est belle et bronzée. Vous lui mettrez bien une main aux fesses et plus si GHB… quand votre femme sera partie se coucher.

Finalement vous avez retrouvé un couple voisin qui comme vous est déçu cette année. Vous allez vous défier à la pétanque ce soir. Vous avez acheté du 51 détaxé à la frontière espagnole et il se peut qu’ils vous rejoignent au Sans interdit, club libertin : la dernière soirée à St Kévin-Sur-Mer s’annonce des plus débauchée. Les enfants sont couchés, votre femme veille sur leur gueules d’anges.

Beau comme un Jésus, vous vous dandinez tout contre cette inconnue rencontrée à l’intérieur du Sans interdit. Mélange audacieux de corps, de sueur, de fluide et d’alcool puis les vertiges, la nausée : Quoi ! C’est déjà fini ? Vous regagnez votre bungalow suintant l’alcool, il est 8h25, les enfants s’éveillent et il ne vous reste qu’un souvenir brumeux mais plaisant de cette nuit.

Votre femme boude mais ça lui passera. Vous effectuez le ménage de votre logement en un temps relatif à votre négligence, récupérez quelques draps de bain et autres ustensiles : « Ca peut toujours servir »

Valises bouclées, Porsche Cayenne chargée, on embrasse les voisins, les copains de cet été. « Bonne route et à l’année prochaine ! »

 

BB et EL

Publicités


Catégories :Chroniques

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :