Melancholia

Drame baroque de Lars Von Trier, réalisateur danois désespéré, (2h10min), 2011

Ophélie dans les douves, ça vous dit rien ?

Ophélie dans les douves, ça vous dit rien ?

C’est un fait, les frimas et l’austérité de l’Europe du nord avortent pléthores de tempéraments sinistres et de grands beaux aiglons à l’iris céruléene et à la carrure affolante. Porte étendard d’un cinéma s’autoproclamant « anti-entertainment », on se souvient, ou pas, de Lars Von Trier pour son Dogme, contraintes scénographiques minutieusement listées, comme d’autres rédigent les Tables de la Loi, histoire d’asseoir leur despotique supériorité. Pour exemple, le recours systématique à un enregistrement rec. caméra à l’épaule, saccadant l’image et déclenchant dans les premiers rangs des salles obscures vomissements en cascade. LVT aime aborder des thèmes sympas, et c’est toujours avec plaisir qu’il nous crucifie trois bonnes heures durant une nénette parangon d’innocence. On pense à cette pauvre Björk, martyre pas des moindres qui, malgré la grosse bouse qu’est son dernier album, n’a jamais mérité d’incarner Selma. Non, personne ne mérite d’être Selma (sanglots sanglots).

Et c’est après toutes ces déclarations sans appels, après tous ces serments solennels de ne jamais, jamais s’abaisser à un ciné esthétisant que ce coquinou de Lars nous pond Melancholia, drame purement baroque à la photographie archi-léchée… Voyons ce que donne le bébé.

Le pitch

Mélancholia  est le nom d’une vache de planète qui a décidé d’aller se promener dans notre système solaire, comme ça, pour faire du tourisme peut-être. L’introduction du film donne le ton. Une prétentieuse mais fort jolie succession de scènes crépusculaires en slow motion ponctuent l’inéluctable approche du titan. Celui-ci s’en va gaiement frôler Uranus, houspiller Saturne, titiller même, le téton de Jupiter. Un planant balai cosmique entrecoupé de plans romantico-préraphaélites, le tout sur fond de Wagner s’il vous plait (le prélude de Tristan et Iseult, big up les mélomanes). En gros : mettez dans un plat David Lachapelle, John Everett Millais et un infographiste de Georges Lucas puis enfournez pendant 45 minutes à thermostat 7. Laissez gratiner avant de servir la ganache obtenue. Même si la scène d’intro du lamentable Antichrist jouait également la carte de du « beau » consensuel (une baise sous la douche avec des ralentis en noir et blanc trop choupis sur le scrotum de monsieur), jamais telle débâcle d’effets grandiloquents n’avait été connue dans la carrière du joyeux Lars.

Néanmoins, n’oublions pas la trame, car l’imminence du désastre se fait sentir, et dans cette pétanque spatiale, le cochonnet frémit…

La trame

L’intégralité de l’action de Mélancholia se situe dans un seul et même endroit, et pas des moindres, puisqu’il s’agit d’une fastueuse propriété comprenant bâtisse victorienne à tourelles, haras, jardins et terrain de golf à X trous. Un bon point que ce luxueux isolement. Pourquoi ?

Primo : parce qu’il est toujours plus sympathique de célébrer l’Armageddon en sirotant un bon verre de Chianti sur sa terrasse marbrée que dans une favela de Buenos Aires.

Deuxio : par ce que ça donne au genre très codifié du film catastrophe à l’américaine un angle d’approche totalement singulier. Aux oubliettes, les foules hystériques, les actes de bravoures et les pluies de météores qui s’écrasent toujours en plein sur le Taj Mahal, la Tour Eiffel ou la Pyramide de Khéops… Parce-que si ça s’écrasait dans un champ ouzbek, on s’en branlerait grave !

Le film compte deux actes, sachant que l’action se base autour de deux sœurs, Justine (Kirsten Dunst, irréprochable dépressive) et Claire (Charlotte  Gainsbourg, bon petit soldat). La première partie du film célèbre la liesse du mariage de Justine, cruche en apparence, mais super méga dark en réalité. Les noces sont princières. La fin du monde c’est smart, et pis c’est pas tous les jours. Remarque : les réunions de famille semblent être le sujet de prédilection des réalisateurs nordiques, pensez à Festen de Thomas Vinterberg (1998), ou encore Sonate d’Automne (1977) de saint Ingmar Bergman… Des noces, c’est l’occasion de déterrer de vieilles querelles, si tant est qu’elles aient jamais été enterrées… Ainsi, la magnifique Charlotte Rampling (qui s’est récemment commis, désespoir, dans les pubs Allianz et, pire, souillée aux côté de ce crétin de Mathieu Kassovitz) campe dans Mélancholia l’incarnation de la matriarche rigide, égocentrique et aigrie.

La soirée s’égrène, Justine s’isole à plusieurs reprises, on sent qu’elle a de fâcheux antécédents psychiatriques et que son truc à elle, c’est plutôt d’écouter du Korn en se scarifiant devant un poster de Charles Manson. Mais Mélancholia, elle la SENT arriver la petiote… Ses errances dans les étages, alors qu’au rez-de-chaussée les festivités données en son honneur continuent vaille que vaille, l’amèneront jusqu’à la bibliothèque. Avec rage, elle procédera sur les lieux à un réaménagement des ouvrages d’arts mis en vitrine, jetant à bas la reproduction d’un Joan Miro pour lui préférer un Jérôme Bosch. C’est un peu crypté tout ça, mais si Larsounet sous entend que l’art moderne comme contemporain sont liés à la fin du monde, je le soutiens avec un enthousiasme non feint !

Le mariage tend à tourner au fiasco, malgré le soutien quasi-infirmier de Charlotte Gainsbourg, qui marche en cow-boy depuis son excision dans Antichrist.

La deuxième partie du film tourne autour des soins que Claire apporte à sa sœur, dépressive jusqu’à l’os. La convalescence se poursuit,  les jours passent, et cette saleté de grosse Bertha de Melancholia se fait plus obèse que la lune dans les cieux, nimbant les ténèbres nocturnes d’un évanescent halo saphir (je suis bon pour le Goncourt là). Juchées sur leurs destriers lancés au grand galop, nos loulouttes fendent les brouillards matinaux. Oh, mais c’est l’occasion de nous passer un petit coup de Wagner ! Et ainsi filent les jours vers l’inéluctable, entre une Justine devenu omnisciente, froide et résolue et une Claire s’efforçant de préserver les petites habitudes rassurantes du quotidien, protégeant son fils et son entourage d’une force qui échappe à tout entendement. Jouasse hein ?

Je vais pas vous spolier la fin, mais vous connaissez Lars… L’intérêt n’est pas dans la clé du dénouement, mais du comment. Ou sinon, y’a plus qu’à croiser les doigts, et attendre que les ricains réagissent et nous expédient Bruce truffer l’astre funeste d’un bon million de tête nucléaire.

V.M.

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Catégories :Ciné

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