L’histoire de Valtesse de La Bigne, par Yolaine de La Bigne

Valtesse de La Bigne, par Gervex

 

Même si elle traversa les époques, , la courtisanerie apparaît comme un phénomène de mode au cours de la deuxième moitié du XIXème siècle en France. C’est à cette occasion que des noms tels que  Valtesse de La Bigne, Liane de Pougy ou encore, la Belle Otero  deviennent populaires dans le monde. Si vendre son corps n’a rien d’un concept original, que dire de celles qui se sont enrichies et anoblies grâce à la prostitution ?

Contexte

Dans les années 1800, le choix des métiers féminins n’est pas très large dans la classe ouvrière. Dès lors que l’on se met on ménage, les rentrées d’argent proviennent principalement de l’homme de la maison qui chaque jour suera pour une bouchée de pain. Pour arrondir les fins de mois, la femme peut faire quelque basse besogne pénible en contrepartie d’une rémunération misérable.

La femme ne saurait subvenir seule à ses besoins honnêtement ; pour cela, il faudra attendre la première guerre mondiale que les mentalités changent : une pensée pour ces femmes qui assumeront les tâches de leur homme partis au front.

Outre la révolution de Juillet, la deuxième partie du XIXème siècle est caractérisée par le début de l’industrialisation. De grands travaux de rénovation sont entrepris à Paris sous l’autorité du préfet de Haussmann ;  les grands magasins commencent à voir le jour, les chemins de fer s’étendent ce qui facilite les échanges. En bref, la bourgeoisie est en pleine expansion, les ambitieux peuvent enfin accéder à la richesse. Les mouvements d’argent se multiplient, on investit plus qu’on épargne.

Enfance

En 1848 naît Louise Emilie Delabigne, fille d’une lingère normande émigrée à Paris.  Elle grandit dans un quartier populaire, rue Paradis Poissonnière, rue largement évoquée par Zola dans L’Assommoir.  Elle fait partie d’une fratrie de sept enfants, évolue dans un logement modeste, dans un environnement « qui sent l’urine et le saindoux brûlé »  (ainsi seront décrit les quartiers ouvriers.)

Pour Louise, la prostitution s’imposera rapidement comme un moyen pour sortir de sa misère.  A raison, Pierre Mac Orlan écrira justement : « une prostituée riche est plus heureuse qu’une ouvrière pauvre »

Son ascension sociale se fait donc par son sexe mais aussi par son esprit. Elle est ce qu’on appellerait aujourd’hui, une femme d’affaire. A l’inverse du personnage de Nana décrit par Zola, elle gère son argent de sorte à prévoir les lendemains difficiles. Elle est une des rares courtisanes à être restée riche toute sa vie.

C’est sur les planches qu’elle est remarquée. Sa beauté va irradier le public bien qu’elle soit,  selon certains chroniqueurs, une actrice maladroite. Mais sa présence, son corps, sa chevelure l’apparentent à une Vénus rousse. Grâce à sa notoriété grandissante, elle commence donc à fréquenter le beau monde. C’est à cette période qu’elle se rebaptise elle-même,  Valtesse de La Bigne.  Dorénavant, elle vendra son corps aux hommes les plus influents de l’époque. On prétend même qu’elle aura une liaison avec Napoléon III.

Caractère

Valtesse met un point d’honneur à se cultiver. Elle sait que sans cela, les sphères mondaines lui tourneraient le dos. Elle est une grande admiratrice de Balzac, fréquente beaucoup les artistes tels que Manet, Courbet ou Degas. Elle s’enrichira rapidement, non seulement grâce à sa beauté mais aussi parce qu’elle n’hésitera pas à faire payer le prix fort pour ses services. La moindre parcelle de son corps découverte a un coût, sa compagnie est chère. On raconte qu’elle envoit Zola sur les roses lorsqu’il lui demande de voir sa chambre à coucher afin de s’en inspirer pour l’écriture de Nana. Elle lui aurait répondu qu’il n’était pas assez riche pour poser ses yeux sur son lit. Le lit de Valtesse n’en sera pas moins immortalisé dans le roman de ce dernier à l’exception qu’en réalité, il est en bronze, pas en or.

C’est parce qu’elle eut  un jour le cœur brisé par un militaire (hommes pour lesquels elle a un réel penchant) qu’elle deviendra cette femme froide et vénale avec les hommes, prétend-elle. Elle trouve néanmoins, un certain réconfort affectif dans les bras des femmes, notamment, Liane de Pougy à qui elle enseignera les rudiments d’une courtisane de haut vol.

Elle sera en première ligne pour revendiquer le droit des femmes : elle estime que l’égalité homme/femme ne se gagnerait qu’à partir du moment où l’on considérerait leur droit au plaisir. Pour elle, le droit de vote féminin n’est pas une marque de progrès dans le sens où il ne changerait pas ou peu les mentalités de l’époque.

Valtesse garde, malgré tout, un œil sur la politique. Elle influencera quelques grandes décisions grâce à l’intimité qu’elle entretient avec de nombreux hommes politiques importants.

Côté art, elle aime organiser des vernissages pour mettre en lumière les artistes qu’elle apprécie. Gervex bénéficiera de ses services ; il l’immortalisera  dans  son tableau Le Mariage civil, qui décore la salle des mariages de la mairie du XIXe arrondissement de Paris.

Le livre

Le livre dont il est question a été écrit par Yolaine de La Bigne, qui se défend de n’avoir aucun lien de parenté avec Valtesse. Il a été publié en 1999 suite à deux années de recherches fouillées. On y retrouve de nombreuses références historiques précises, des citations, des extraits d’articles ainsi que de nombreuses anecdotes. Tout ceci articulé autour du fil rouge qu’est la vie de Valtesse.

Il n’existe qu’en format broché, compte environ 350 pages mais la police de caractères choisie est très confortable par sa grande taille.

A ce jour, il n’a été publié que par les éditions Perrin et, je tiens à le dire, il est difficile de se le procurer. Heureusement qu’internet propose des sites où l’on peut acheter des livres d’occasion car les librairies ne semblent pas avoir renouvelé leur stock. . Le livre n’a pas la prétention d’être un incontournable mais il est assurément très instructif. Cet hommage, il fallait que quelqu’un le rende à Valtesse.

BB

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Catégories :Bouquins

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