Des Fourberies à la Comédie !

Portrait_Christian_EsnayEn ce mois de septembre 2013, La Comédie de Clermont-Ferrand lance sa saison sur un spectacle enlevé et joyeux : les Fourberies de Scapin, mis en scène par Christian Esnay, avec la complicité de sa compagnie Les Géotrupes. Temps fort de l’année, donc, d’autant plus que le spectacle a commencé dès le 23 septembre : en résidence jusqu’au 28 à la Maison de la Culture, puis du 30 septembre au 7 octobre au Tremplin, à Beaumont, la compagnie ouvre ses répétitions au public, avant de se produire du 8 au 11 octobre,  au Tremplin pour l’ouverture et à la Maison de la Culture pour les autres soirs. Rencontre avec Christian Esnay, homme de théâtre, comme Scapin, comme Molière, aux mille talents.

 

Franckculture : C’est votre quatrième ouverture de saison à la Comédie de Clermont. Est-ce que vous avez des liens particuliers avec ce théâtre ? 

Christian Esnay : Oui. C’est le directeur, Jean-Marc Grangier, qui m’a convié plusieurs fois. Je pense qu’il aime bien mon travail. On a la chance de revenir encore cette fois-ci. C’est intéressant d’être en ouverture de saison, car ça lance. C’est un théâtre qui est assez amusant, assez festif en général, et donc qui met en jeu le spectateur souvent. Et c’est comme une sorte de compagnonnage avec ce théâtre, avec Jean-Marc Grangier.

Franckculture : Avec votre compagnie, vous avez choisi de représenter une pièce de Molière. Pourquoi le choix de cet écrivain ?

Christian Esnay : Je pense que tous les acteurs ont envie de jouer du Molière, tous les metteurs en scène… C’est quand même la référence française, c’est du théâtre qui est  très bien écrit et très bien fait, il y a beaucoup de jeu dedans… J’ai toujours voulu monter Molière, et c’est la première fois que je le fais réellement, c’est la première pièce que je monte de lui. Je voulais commencer par ça, et finalement je ne l’ai pas fait… Mais après avoir monté ce que j’ai monté, c’est bien d’en arriver à Molière !

Franckculture : Et le choix d’une comédie, presque d’une farce, c’est un choix volontaire par rapport au contexte actuel ?

Christian Esnay : Le contexte actuel joue, oui. C’est un texte qui est quand même positif, qui dit que, en gros, quand on n’a rien, il reste la parole, le théâtre. On peut quand même s’amuser, on peut vivre, sans argent presque… C’est un peu ça que ça raconte.  On a choisi cette pièce, avec Jean-Marc finalement, parce qu’elle n’est pas beaucoup montée. Le réseau public et les grosses productions font peu appel à ce texte. C’est surtout monté dans les compagnies amateurs ou les théâtres privés à Paris. En plus, c’est une pièce qui est intéressante, car elle est souvent apparentée à une farce, mais c’est bien de rappeler que c’est une vraie comédie.

Franckculture : Vous voyez des résonances entre cette pièce du 17ème siècle, qui est quand même très datée, et notre époque ?

Christian Esnay : Oui ! Là, ce qui est en jeu, c’est le mariage pour tous ! Bon, dans cette pièce, ce n’est pas vraiment le mariage pour tous, mais c’est le mariage qui est remis en question. Ce sont des jeunes qui se marient sans le consentement familial, du père, et ça ne se fait pas à l’époque. C’est les conventions qui sont brisées, comme actuellement, elles sont remises en question puisque c’est le mariage qui est remis en question… Donc, pour le coup, c’est d’actualité !

Franckculture : Vous allez sans doute jouer cette pièce très différemment de Molière et sa troupe. Vous pratiquez un théâtre ouvert. Est-ce que vous pouvez nous expliquer comment vous procédez ?

Christian Esnay : Je ne pense que je sois très éloigné de Molière, en réalité. Le théâtre de Molière était très en rapport avec le public. C’était très face-public, très joué avec le public,  pour le public… Je ne pense donc pas être très loin…

Frankculture : Nous pensions à l’idée du décor, par exemple, qui est complètement ouvert au public…

Christian Esnay : Alors ça, c’est mon travail. Je le fais tout le temps, dans toutes les pièces. On voit les coulisses à vue, on voit les comédiens se changer, les techniciens se déplacer pendant le spectacle… On voit plusieurs plans de jeu : l’envers du décor et le théâtre en même temps. J’y tiens beaucoup, parce que je trouve ça beau, et très théâtral en fait.

Franckculture : Le fait de rendre les répétitions ouvertes au public, c’est aussi cette volonté d’interagir avec les gens, de rendre le théâtre accessible… ?

Christian Esnay : Oui, c’est ça, plus accessible ! Ça permet de faire entrer dans le théâtre des gens qui ne connaissent pas le théâtre. Ils vont voir quelques répétitions ou un bout de répétition, et du coup ça va leur sembler plus accessible. Ils vont sentir qu’ils sont invités.

Franckculture : Vous avez vraiment un but social, en fait ?

Christian Esnay : Oui, c’est très politique. C’est l’idée que le théâtre public, qui a commencé avec les Grecs, c’est l’argent de tout le monde, c’est nos impôts. Tout le monde y a accès. Et en plus, ce que j’ai compris en vingt ans, c’est que ça plaît à tout le monde, en réalité. Les gens qui n’y vont pas, c’est parce qu’ils n’ont pas la culture de ça. Les répétitions ouvertes, c’est un des moyens pour les faire venir.

Franckculture : Vous allez incarner Scapin pendant les représentations. Est-ce que ce personnage vous tient particulièrement à cœur ?

Christian Esnay : Scapin, c’est comme tous les grands rôles : c’est très intéressant à jouer, parce que ça demande beaucoup d’énergie. C’est l’art de la rupture. Et puis, c’est un personnage positif, c’est le nouveau héros : c’est la première fois que c’est un serviteur qui est le rôle principal. C’est une espère d’Arsène Lupin : il prend l’argent aux riches pour le donner aux pauvres. Mais il ne cherche pas à s’enrichir. Il a fait de la prison, il en parle beaucoup, il a des problèmes avec la justice… ça, en fait, c’est Molière, puisque c’est Molière qui l’avait écrit pour lui-même, c’est Molière qui jouait Scapin. Il avait fait un peu de prison, Molière, ça l’avait marqué, et là il traite le sujet.

Franckcuklture : Ce n’est pas un peu dur d’être à la fois metteur en scène et interprète ?

Christian Esnay : C’est très difficile ! Je n’ai jamais voulu le faire, c’est la première fois… Je ne l’aurais pas fait, si je n’avais pas joué Falstaff, par exemple, ou Sganarelle dans Dom Juan, des rôles comme ça approchant de Scapin… Pas des clowns, pas des bouffons mais pas loin… J’ai l’impression que je suis un peu habitué au rôle, mais jusqu’à présent j’avais toujours refusé.

Franckculture : On vous souhaite donc bonne chance ! Merci pour cette interview.

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    C.D.

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Catégories :Spectacles de La Comédie de Clermont, Théâtre

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