Interview : La Bergamothée, café culturel alternatif à Clermont-Ferrand

Par une froide après-midi d’automne, nos rédactrices, glacées par le vent clermontois, sont allées se réchauffer autour d’un thé. La Bergamothée, nouvelle adresse située place du Mazet, estampillée « café culturel alternatif », avait éveillé leur curiosité. Avant même d’entamer l’interview, elles ont passé deux bonnes heures à bavarder autour d’un thé, l’occasion de faire un premier constat : ici, il est bel et bien permis de prendre son temps. Nathalie Lacaze, l’hôtesse des lieux, s’est ensuite aimablement prêtée au jeu de leurs questions, dévoilant peu à peu les différentes facettes de ce café qui se veut singulier.

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Franckculture : Quel type de clientèle attendiez-vous exactement ?

 Nathalie : Des gens curieux, tranquilles. Des gens qui veulent un autre lieu, une autre façon de consommer aussi. Des gens formidables ! (rires) Tout type de public en fait. (Question d’une cliente : « tu m’avais pas dit que dans les films homosexuels, on pouvait voir des hommes nus, plus que dans les films hétéros ? »  suivie d’une réponse aussi brève qu’ affirmative de l’intéressée).  J’ai des mamies qui viennent entre deux visites de musée manger une bonne glace, parce qu’il y a des bonnes glaces ici ! Des familles avec des enfants, qui viennent manger le samedi après le marché.  Des jeunes de 20 à 25 ans qui boivent le thé…

Franckculture : A ce propos, vous proposez une marque qui n’est pas faite à Clermont ?

Nathalie : Oui, c’est ça. J’ai suivi l’école du Thé avec le Palais des Thés, donc je suis formée à ça aussi. Mais cette marque n’était pas présente à Clermont avant.

Franckculture : Vous vous définissez comme un salon de thé, ou La Bergamothée a-t-elle une vocation plus large ?

Nathalie : C’est au carrefour de trois choses en fait : c’est à la fois effectivement un salon de thé, mais c’est aussi un restaurant qui sert les midis, ainsi que les vendredi et samedi soir. C’est une restauration lente… en clin d’œil à la restauration rapide ! Cela ne veut pas dire que je sers lentement, mais que les gens peuvent prendre leur  temps.

Franckculture : Vous proposez de la nourriture « lente », équitable ou des plats plus classiques ?

Nathalie : Tout est fait maison ! Ce sont de bons produits, avec des producteurs que je suis allée démarcher un à un pendant des mois. Pour la confiture, pour les sirops, pour le vin bio, pour la bière bio, les produits laitiers, la farine… J’y tenais, parce que, quand je sers à table, je sais que ce sont des bonnes  choses. Je tenais aussi au circuit court, à être « locavore ». Et puis surtout, je voulais des petites spécialités qu’on ne trouve qu’à la Bergamothée, donc mon boulanger a mis au point pour moi une brioche à la bergamote, le confiturier m’a fait une confiture bergamote-citron, et le glacier a fait une glace à la bergamote, et une autre à la bergamote-mandarine. Je tenais à avoir ces relations avec les producteurs, qui ne demandent qu’à être lancés sur un travail de création de ce type.

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Franckculture : Vous vous définissez comme un café culturel alternatif ? Pouvez-vous préciser ?

Nathalie : Oui ! L’ alternatif, c’est pas un courant continu, quoi… C’est des manifestations culturelles différentes, des expos photo, des dédicaces d’auteurs, de la musique, des concerts, des lectures à voix haute, des lectures musicales, des expos d’art, de photos… Et puis, plein de choses que je ne connais pas encore et qui vont arriver ! Je vais être dans le circuit des Arts en Balade.

Franckculture : Comment vous est venu ce projet ?

Nathalie : Mon projet, je l’ai depuis quinze ans.  Quinze ans de maturation ! J’ai vécu aussi dans plusieurs endroits qui m’ont nourrie d’expériences. Je n’avais jamais fait de service ni de restauration avant même si j’ai quand même travaillé deux ans en Collectivité en cuisine en Auvergne 2008/2010 ; je viens du livre : librairies, bibliothèques, centres de docs, animations culturelles aussi… J’ai vécu au Québec, et là-bas j’ai travaillé dans le cinéma.

Franckculture : Comment vous êtes-vous retrouvée à Clermont, du coup ?

Nathalie : Pour une formation : il y avait un DEUST métiers du livre et options multimédia, images et sons. Je suis donc venue ici, puis je suis restée. J’avais quand même plus ou moins envie de rester.

Franckculture : Qu’est-ce qui vous a tant plu à Clermont ? Il faut de la motivation pour monter un lieu dans une ville en particulier…

Nathalie : Je ne l’aurais pas monté ailleurs qu’ici, ce projet, parce qu’il y a une qualité de vie, d’abord, qui correspond bien à ce que j’attends. C’est une ville à dimensions humaines, ça j’aime beaucoup, qui est à deux pas de la nature. J’adore le climat : c’est bien chaud ou bien froid ! C’est bien contrasté. Et puis j’aime bien la mentalité ici : une fois qu’ils vous ont ouvert la porte, les gens sont accueillants. Les gens sont simples et ouverts d’esprit.

Franckculture : Vous vous définissez comme un lieu sympathisant des LGBT( 1). Comment comptez-vous défendre leur cause ?

Nathalie : En militant, en manifestant. Avec des associations. Par exemple, pour le premier décembre, lors de la journée mondiale de lutte contre le SIDA, je fais un brunch solidaire pour AIDES. Et puis, il y a des soirées prévues avec des associations. Il y a un projet, peut-être pour l’année prochaine, de Gay Pride à Clermont, donc je ferai sans doute un truc en écho à cette manifestation. J’ai un système de projection en bas, donc je peux éventuellement projeter un film et organiser un débat à la suite. Je fais aussi des partenariats pour des soirées dépistage rapide.

Franckculture : Il y a d’autres grandes causes que vous voulez défendre ?

Nathalie : L’autre volet de mon militantisme, c’est les droits des animaux. D’où le côté végétarien-vegan  présent dans la restauration ici. On aimerait faire venir l’alliance anti-corrida ici pour une soirée rencontre et puis d’autres petites associations qui ne sont pas assez connues. Et puis après, ça peut être une soirée avec la LPO( 2), une animation avec ATTAC.

Franckculture : En parlant des expos, quelle est la prochaine prévue ?

Nathalie : Je pense que c’est Catherine Philippe, une personne qui fait des photos, qui prend la nature en photo du côté de ce qu’on appelle les mauvaises herbes ; elle travaille sur l’intelligence végétale aussi. Normalement dans mes toilettes, elle devrait me mettre un arbre (NDLR : les toilettes de la Bergamothée offrent déjà une atmosphère particulièrement bucolique aux chalands pris d’un besoin pressant ; des chants d’oiseaux égaieront vos pauses salutaires).

Franckculture : Est-ce que vos attentes de clientèle se confirment ?

Nathalie : Depuis l’ouverture (été 2013), le cours des choses confirme bien ce que je pensais ; il  y avait des attentes sur « bien manger », « se faire du bien en mangeant » et puis prendre son temps. De toute façon, prendre le thé c’est prendre son temps.

C.D. & E.F.

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Notes :

(1)LGBT = Lesbiennes, Gays, Bis et Trans

(2)LPO = Ligue pour la Protection des Oiseaux

 

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Catégories :Sorties

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