Théâtre engagé/enragé à la Comédie de Clermont!

living 1« Nous sommes une communauté d’utopistes non autoritaires : même les pièces que nous concevons n’ont pas de dessein ni de direction (au sens conventionnel de ces mots). Que cela vous plaise ou non, vous allez devoir affronter un assaut total de la culture. Il n’y a pas d’autre moyen de faire naître un mode libre et créateur : précipiter la révolution. »

Julian Beck, As the World Turns on

 

Quel programme! Cet utopique et magnifique projet était celui de Julian Beck, peintre et poète, et de Judith Malina lorsqu’ils ont fondé le Living Theatre à New-York, en 1947. Le grand principe ? Faire sortir cet art du lieu théâtral pour le faire rentrer dans le vrai monde, et le rendre ainsi accessible à tous. Mais sans lieu et sans argent, comment faire ? Jouer du théatre dans son salon (Living-room), sans avoir besoin de dépenser quoi que soit pour la mise en scène, et sans faire payer quoi que ce soit aux spectateurs.  Ainsi, le Living Theatre perdurera t-il jusqu’en 1970, bouleversant les conventions théâtrales, faisant du corps de l’acteur l’élément primordial, et de l’intervention des spectateurs un rouage essentiel de la pièce.

Mais c’est évident : les théories de Beck et Malina, ces doux utopistes libertaires et révoltés, ces rêveurs d’un monde meilleur où tout le monde pourrait vivre et baiser librement, sans se sentir obligé de travailler quand l’envie ne s’en fait pas sentir, éveillent en nous une vague nostalgie de mai 68 qui pourrait sembler passée, désuète. Or dans Living il n’en est rien, car le metteur en scène Stanislas Nordley a pris le parti de mettre en lumière seize très jeunes comédiens, âgés de 20 à 25 ans. Dans leur bouche, les mots de Julian Beck, ses idées, sa révolte pacifique et pourtant enragée contre l’ordre établi, retrouvent une énergie nouvelle. On a l’impression qu’ils y croient, et sans doute est-ce le cas. Vêtus de couleurs vives, nus parfois, le sourire ou les cris aux lèvres, ils interprètent la pièce avec une énergie et une conviction incroyables qui ne peuvent que toucher le spectateur. Le texte, réflexif et idéologique, prend une tournure énergique et enthousiaste, car il passe par la bouche de tous les comédiens, hommes et femmes, qui lui donnent tour à tour un ton nouveau, personnel. Comme si le théâtre rêvé par Beck et Maline avait mille voix.

Quand bien même l’on ne partage pas toutes les idées de Beck et de Malina, quand bien même cette révolte, cette injonction à jouir et à se libérer nous semble dépassées, cette pièce est providentielle : sur la réserve d’abord, nous finissons par nous demander ce que nous avons oublié, ce à quoi nous avons renoncé pour que ce combat, ces idéaux nous semblent si lointains. Stanislas Nordley et sa troupe d’optimistes énervés nous posent cette question sans ambage. A chacun de trouver sa réponse, mais, fait étonnant, et à mes yeux hautement rassurant : ceux qui ont été les plus nombreux à se lever à la fin de la pièce pour applaudir les comédiens étaient… des lycéens. Individualiste et désabusée, la nouvelle génération ? Laissez-moi rire.

Jeunes ou moins jeunes, allez donc les voir et les applaudir tant qu’il est encore temps : Living est encore joué du 19 au 21 février à la Comédie de Clermont, salle Boris Vian.

Cécile Daniel

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Catégories :Spectacles de La Comédie de Clermont, Théâtre

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