Coup de cœur ciné : La cour de Babel, de Julie Bertuccelli

la-cour-de-babel-12-03-2014-8-gEncore dans les salles actuellement, ce documentaire sur le monde de l’enseignement est mon coup de cœur du moment. Je vous entends de là vociférer qu’après Entre les murs,  La journée de la jupe et tutti quanti, vous en avez plus qu’assez des films sur le métier de prof, sur la difficulté à enseigner et cætera. Moi de même, je suis prof, et j’en ai plus qu’assez, et qu’on parle des profs, et d’en entendre parler…

Mais La cour de Babel a cette force hors du commun : on n’y traite pas des adultes, mais des enfants. Des élèves un peu particuliers, puisqu’ils suivent des cours dans une classe d’accueil pour apprendre le français. Pour des raisons multiples et variées, ils sont arrivés en France depuis peu et doivent, en quelques mois à peine, maîtriser la langue française pour intégrer le cursus scolaire habituel. L’un est venu d’Amérique latine pour bénéficier des cours de haut niveau du conservatoire ; un autre, Juif, fuit la Hongrie où sa famille et lui sont persécutés. Une adolescente chinoise a passé dix ans au pays sans sa mère, qu’elle retrouve enfin en France. Une jeune Africaine est exhortée par une tante devant son enseignante à mieux se conduire en cours : si elle ne le fait pas, on la renverra au pays. Là-bas l’attendent excision et mariage forcé. Une autre jeune fille, maintenue dans l’interdiction d’étudier dans son pays d’origine, déclare face à la caméra : « Je suis venue en France pour être une femme libre ».

Ce sont ces jeunes, les héros du film. Ces jeunes et leur destin cabossé, chaotique, qui font monter les larmes parfois. La caméra les filme avec pudeur, ne montrant d’eux que ce qu’ils acceptent de montrer, n’apprenant au public que ce qu’eux-mêmes déclarent. Pas de commentaire en voix-off, pas d’explication. On les suit simplement au fil des saisons, au fil d’une année plus que scolaire pour la plupart d’entre eux : une année charnière qui signe le  début d’une nouvelle vie, accueillie dans l’allégresse ou avec nostalgie.

Dans la Genèse, la tour de Babel est un édifice en construction, élevé par les hommes dans le but d’atteindre le ciel. Dieu estime que cette entreprise est orgueilleuse, et dangereuse pour lui. Il trouble alors les bâtisseurs en leur faisant parler à chacun une langue différente. Face à l’impossibilité de communiquer, la construction cesse et les hommes se dispersent aux quatre coins du monde.  Dans la cour de Babel, la malédiction est renversée. Les différences d’histoire, de culture, de religion ne sont rien face à ce qui réunit les jeunes : l’apprentissage d’une nouvelle langue, et d’un nouveau mode de vie. La joyeuse cour de la classe d’accueil pépie toute la journée, en français et dans toutes les langues possibles. Ces mots incompréhensibles, ou compris différemment, jettent des ponts entre eux, leur deviennent familiers.  A la fin de l’année, ils pleurent de se quitter, de quitter l’enseignante.  On alors comprend que s’exiler et apprendre la langue de l’autre, c’est presque comme une seconde naissance.

 

Cécile Daniel

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Catégories :Ciné, Sorties

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1 réponse

  1. Je vais tout faire pour voir ce film -enfin- qui raconte une partie de moi. Merci !

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