Dans le Jardin secret d’un prisonnier atypique…

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Le Jardin secret… Le titre de ce spectacle, imaginé par Pierre Baux et Benoit Giros, nous invite dans un univers intime. On se plairait à croire que l’action se déroule dans un beau jardin ombragé, mystérieusement protégé des regards et des injures extérieurs. Mais c’est dans la cellule d’un prisonnier que ce jardin secret prend racine. .. Et ce prisonnier n’est autre que Jean Zay. Jean Zay…  Qui n’a pas, dans sa ville, une rue ou une école portant le nom de cet homme ? Nous ne sommes pourtant pas tous capables, moi la première,  de dire qui il est, ni pourquoi son nom est resté dans l’histoire. Nous sommes d’autant plus peinés, quand nous l’apprenons, de ne pas l’avoir connue avant.

 

Jean Zay est un homme politique. Membre du Front Populaire, il devient à 32 ans Ministre de l’Education nationale et des Beaux-arts et essaie, avec un optimiste et foi en l’Homme, de mettre en place des réformes progressistes. Cependant, lorsqu’en 1940 advient le Régime de Vichy, Jean Zay se retrouve dans une position délicate : né d’un père juif, ancien ministre du Front Populaire, humaniste et républicain, il n’a vraiment rien pour plaire au nouveau gouvernement… La presse officielle le prend pour cible. Il finit par être condamné, pour désertion devant l’ennemi, à la dégradation militaire et à la déportation à vie. Dans les faits, il restera emprisonné pendant près quatre ans dans une cellule, d’abord à Marseille puis à Riom. Et sera assassiné sans autre forme de procès par des miliciens deux semaines après le débarquement des alliés, dans une carrière abandonnée de l’Allier. Il n’avait pas quarante ans… Il sera réhabilité en 1945, mais son corps, abandonné par ses assassins, ne sera retrouvé et identifié qu’en 1948.

 

Jusque-là, le récit n’a rien de bien intime. Nous sommes dans l’Histoire. Mais ce n’est pas elle que la pièce raconte. Sur la grande histoire, Jean Zay a greffé la sienne : il a rédigé pendant quatre ans le témoignage émouvant de sa vie d’emprisonné. Son œuvre, sur laquelle se sont basés les artistes pour imaginer la création Le Jardin secret, s’intitule Souvenirs et solitudes. Sa femme  faisait sortir le manuscrit en cachette, en le dissimulant dans le landau de leur fille. Son courage se révélera bien précieux…

 

Jean Zay observe, analyse et commente la France du régime de Vichy, depuis les grilles de sa prison qui ne parviennent pas à le rendre aveugle. Plus intéressante encore son évolution personnelle, qu’il narre dans son journal de prison. Homme d’action, le voilà qui doit devenir un inactif, un penseur, un philosophe peut-être. Lui, qui a toujours rêvé de liberté pour les autres et pour lui-même,  doit s’accommoder des quatre murs qui l’entourent, et ouvrir son esprit à d’autres espaces. Cette quête spirituelle est empreinte de poésie et de tendresse : Jean Zay cultive des roses dans la cour de la prison et se repaît de leur beauté. Plus qu’un autre, il devient sensible aux signes ténus des instants de bonheur … Il écrit, entre autres : « La première rose s’est ouverte ce matin, en signe d’espoir et de printemps ». Son journal retrace l’itinéraire d’un homme qui a su resté digne et épris de la beauté du monde malgré tout. Il serait mort en criant « Vive la France ». Pas par patriotisme borné sans doute, mais parce qu’il a toujours cru à l’avenir d’une France belle et libre.

 

C’est ce personnage, cette âme même, que le comédien Pierre Baux habite et tente de restituer au public avec la plus grande sincérité possible. Benoit Giros et lui-même ont su tirer de l’œuvre de Jean Zay la quintessence, l’essentiel qui nous plantera son portrait sensible et spirituel. Symboliquement, les représentations  auront lieu à l’Ecole Jean Zay, à Clermont. Nous avons tous une heure pour apprendre à connaître cet homme, et lui rendre un dernier hommage.

 

Les représentations auront lieu du lundi 12 au vendredi 16 mai compris, à 20h30 et à l’école Jean Zay ( 71 avenue du Limousin, à Clermont-Ferrand).

Le mardi 13 mai aura lieu une soirée spéciale :

–          19h : conférence de l’historien Pascal Ory autour de Jean Zay

–          20h30 : représentation  de Le Jardin secret

–          22h : Projection du documentaire Un crime Français de Catherine Bernstein

 

Pour plus d’informations, voici un lien vers le site de la Comédie de Clermont-Ferrand :http://lacomediedeclermont.com/saison13-14/pages/lejardinsecret.html.

 

Cécile Daniel

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Catégories :Spectacles de La Comédie de Clermont, Théâtre

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